Henri Cartier-Bresson : Un photographe à travers le temps

Il y a des expositions qui pour être vu se méritent. Celle d’Henri Cartier-Bresson en est une. Savoir être patient dans la file d’attente tel le photographe derrière son objectif. Le Centre Pompidou organise une rétrospective du photographe. A partir de plus de 500 documents, nous suivons son évolution dans la traversée de l’histoire du XXe siècle.

Centre Pompidou

Centre Pompidou

L’exposition commence par une photographie prise en Belgique en 1932. Elle représente deux hommes face à une toile de lin tendue. L’un deux, moustachu, semble nous regarder de travers. De son œil, il paraît nous demander une certaine indulgence sur la vision portée sur le monde. A moins que cela ne soit que le propre regard nostalgique du photographe sur les images capturées par son objectif durant toute sa vie.

Ce qui frappe lorsque l’on pénètre dans la première salle d’exposition, est la sobriété de la mise en scène. Sur les murs blancs gris, sont installé des photographies et quelques peintures de l’artiste. L’éclairage minimaliste et doux des pièces laisse tout le plaisir à la découverte et à sa propre appropriation des clichés.

La naissance du photographe

Début des années 20, il fait ses premiers pas entre la photo et la peinture. Nous découvrons ses premières photographies datées de 1922. L’album de ses premières prises contenant des scènes familiales : un baptême, un camp de scouts. Elles ressemblent aux photos de famille que nous pouvons retrouver dans le grenier de nos grands-parents. 1928, des huiles sur toile, qui font apparaitre des courbes et des lignes géométriques dans le style surréaliste de la peinture. Afrique 1930, les photos sont prises avec de la distance et de la hauteur, donnant un regard plongeant aux scènes qui rythme la vie du peuple Africain. Par cet éloignement, nous supposons qu’Henri Cartier-Bresson n’ose pas les déranger dans leur travail ou rentrer dans leur intimité, caractérisé par un sentiment d’hésitation.

Un photographe en devenir

A son retour d’Afrique en 1931, il décide de devenir photographe professionnel. Dans les années 30, il se rend dans plusieurs pays tels que l’Italie, le Mexique ou l’Espagne. Mexique 1934, nous retrouvons ses prises de vues avec de la hauteur mais aussi des jeux d’ombres. Italie 1933, il photographie la vie de tous les jours. Le mouvement que l’on trouve dans ses clichés est furtif, instantané. Il y règne une impression d’isolement. Uniquement quelques personnes qui apparaissent sur les plans. Espagne 1933, ses personnages semblent avoir été pris sans le savoir et mis dans le cadre choisi par le photographe lui-même. Des pantins, des marionnettes que l’on positionne et que l’on manipule à l’instar de ces enfants qui jouent au ballon sur une plage. On sent qu’il y a un début d’approche du sujet, prise de vue moins lointaine. D’après André L’Hôte, il faut que « l’arrière-plan serve d’écran ». Henri Cartier-Bresson attend que les personnes rentrent dans son écran pour appuyer sur le déclencheur. Les enfants sont davantage mis en mouvement par des flous plus prononcés. Jusqu’à ce stade de son parcours, l’eau apparait de façon récurrente sur ses clichés. En 1935, nous voyons l’émergence de portraits, son contact avec le milieu cinématographique lui donne vraisemblablement une autre approche des sujets qu’il fige. Ses photos sont toutes différentes. Nous pourrions dire qu’il est un « touche à tout » dans le style photographique. Nous ne pouvons pas parler de brouillon mais plutôt de tumulte dans son œuvre comme si il n’arrive pas à se trouver. Le seul élément qui se retrouve et continue de faire un fil conducteur est celui de la base d’un arrière-plan architectural. Lorsque que nous prenons le temps de fixer une de ses photos, nous nous imaginons une superposition d’images. Lesquelles donnent aux personnages l’illusion d’un réel mouvement à l’intérieur d’un cadre donné, tel un folioscope. Derrière chacune d’elles il y a une histoire, même un simple torchon sur une poignée de porte (Angleterre 1928).

L’imaginaire au service de la photographie

Selon Breton, il y a « des puissances associatives et interprétatives ». Henri Cartier-Bresson joue avec notre imaginaire, nous nargue et nous provoque. Parfois, il est question de « magie circonstancielle ». La rencontre de deux éléments avec le concours de la circonstance. Un homme qui lit son journal et dont la tête est cachée et remplacée par un nœud fait d’un rideau (Toscane, Italie 1933). L’écran devient sujet et l’échange entre celui-ci et le sujet du premier plan, donne une interprétation qui est parfois surprenante. La représentation de l’action de chacun est complémentaire de l’autre avec une cohérence dû au hasard. Ce qui donne des images « surréalistes ».

Livourne, Toscane, Italie, 1933
Livourne, Toscane, Italie, 1933

 

Un photographe engagé et naissance du photoreporter

Henri Cartier-Bresson devient reporter pour la presse communiste et va suivre les manifestations populaires. Il va photographier et filmer des périodes allant de la découverte du temps libre à la guerre d’Espagne, entre autre. Dans ses photos, les plans sont plus resserrés sur les personnes ou la foule. En 1947, il fonde l’agence Magnum avec Robert Capa, George Rodger, David Seymour, et William Vandivert. Dès lors, son travail est plus lumineux, les cadrages sont maitrisés. En même temps, le côté professionnel lié aux commandes des photoreportages répondent à des attentes. La place n’est plus donné à « l’instant décisif » mais au contrôle de l’image. Dans les années 70, Henri Cartier-Bresson délaisse le reportage pour revenir à une de ses passions premières, le dessin. Ainsi, la boucle est bouclée. La dernière photo de l’exposition montre un jeune garçon cachant une petite fille avec une veste. Finalement, n’est-ce pas ce que ce talentueux photographe a voulu dire tout au long de sa vie ? Une image qui peut en cacher une autre en cherchant à comprendre son histoire ou en racontant sa propre histoire.

Haïfa, Israël, 1967

Haïfa, Israël, 1967

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