La liberté de la presse passe par de nouveaux modèles de financement

Un grand nombre de journaux français reçoit des subventions de l’Etat. Ils se partagent une enveloppe qui s’élève pour 2013 à 516 millions d’euros. Le montant concerne uniquement la part des aides dites directes. Le lecteur peut se demander si ce système de financement des médias français laisse à la presse toute son indépendance et sa liberté éditoriale.

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Le modèle du financement des médias français

Pour bien comprendre, les aides accordées à la presse se répartissent en trois catégories. Les aides directes correspondent aux montants versés à un journal. Les aides indirectes représentent les réductions fiscales et sociales, ainsi que des tarifs postaux préférentiels et les niches fiscales pour les journalistes. Les aides aux tiers vont aux kiosquiers, SNCF et autres. En 2014, la ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti, demande une réforme afin de rendre ces aides « plus intelligentes ». Elle aboutit à la réduction d’un quart du budget des aides directes pour un montant de 408 millions d’euros. Le budget total des aides à la presse pour les trois catégories avoisine les 700 millions d’euros. Par ailleurs, le financement public peut prendre d’autres formes. La publicité des institutions publiques fournit parfois une part vitale des ressources d’un titre.

 Le financement participatif au secours de la presse

Le 7 janvier 2015, un attentat sans précédent touche la presse faisant douze morts et plusieurs blessés. Pour soutenir le pluralisme de la presse indépendante, le 13 janvier une proposition de loi est faite pour favoriser les dons. Elle entend inscrire dans les textes que les dons de particuliers soient considérés, pour tous médias participants aux œuvres d’intérêt général et d’utilité publique. Les donateurs bénéficient ainsi de la réduction d’impôt de 66 % avec une limite de 20 % du revenu.

La création de l’association Presse et pluralisme, à fin 2007, facilite déjà la mise en place d’un nouveau système de financement. En effet, les médias peuvent recevoir des dons défiscalisés, de 66% pour les particuliers et 60% pour les entreprises. Les donateurs choisissent un titre de presse en particulier ou bien donnent pour l’ensemble du secteur. Ainsi, en 2013, l’association récolte 2,5 millions d’euros. Fin 2014, ce système économique se développe pour la presse en ligne. Le principe consiste donc à faire appels aux dons, en utilisant ce financement participatif plus communément appelé le « crowdfunding ». Des plateformes spécialisées permettent de récolter les fonds. Jusqu’à ce jour seul les journalistes indépendants utilisés ce procéder pour financer leurs projets. Le journal Nice-Matin, précurseur en France a recueilli 376.275 euros auprès de 2700 internautes. D’autres titres, comme L’Humanité ou Charlie Hebdo, appellent à la générosité de leur lectorat pour développer des projets numériques et renforcer leur présence sur le web, ou tout simplement pour survire.

Le mécénat du modèle américain, une solution pour s’affranchir de l’Etat

Aux Etats-Unis, le mécénat joue un rôle important dans la vie des médias américains. Le site ProPublica, prix Pulitzer en 2011, vit en grande partie du don d’un couple ayant fait fortune dans les assurances. John Thorton, un capital-risqueur, a quant à lui investi un million de dollars de sa fortune personnelle pour permettre la création du Texas Tribune, dédié à la politique au Texas. A Minneapolis, quatre familles locales ont réuni 850 000 dollars pour lancer MinnPost.com, un site de service public. Le legs de 5 millions de dollars de la part de Google, montre l’implication d’entreprises pour financer le journalisme en ligne. Le mécénat permet alors à des patrons de financer la presse numérique en faisant des dons directement à des projets ou confient des sommes colossales à des fondations chargées de les redistribuer. 

Il existe d’autres formes de mécénat privé. Spot.us propose à ses utilisateurs de financer les enquêtes de manière collaborative. L’idée consiste à proposer un sujet d’enquête, libre ensuite aux internautes de contribuer à son financement. Les annonceurs tiennent également une place dans le financement. Chaque internaute peut répondre à un questionnaire. L’annonceur reverse par la suite un montant à un projet d’enquête.

Un média indépendant doit s’assurer financièrement

Les expérimentations à travers le monde, sont multiples, médias gratuits, payants, avec ou sans publicité, des mécènes, actions participatives à travers des microfinancements. De telles initiatives restent rares en Europe. Et pourtant, le journal gagnerait peut-être davantage en indépendance. Le lecteur français connaitrait de nouveau le visage de la presse libre, celle faite par les grands noms du journalisme en son temps, Albert Camus pour ne citer que lui. La mutation financière des médias est en ordre de marche, consciente des enjeux à venir.

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