Société : La thérapie par le tatouage

« Tu vas chez ton psy ? Non j’ai rendez-vous chez mon tatoueur ». Soledad Berhault dévoile la période de sa vie qui l’a conduite à devenir tatoueuse. Un travail qui lui donne un nouveau souffle et aide les personnes  qui franchissent la porte de son salon de tatouage, le  Tattoo Event Prod à Chéroy (89).

« Le tatouage nous a sauvé ! La thérapie par le tatouage»

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 « J’ai eu un déclic. Une espèce de révélation ». Non ! Ce n’est pas une réflexion de crise de la quarantaine. Un tragique événement familial, la disparition brutale de son frère qui l’affecte et commence à la détruire à petit feu. Le noyau dur de la famille, il assurait le rôle du père absent de la famille auprès de ses trois sœurs. Un boute-en-train avec toujours un mot affectif. La vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille et « il faut continuer sa route». Un passage à vide qui plonge Soledad dans un début de dépression mais c’était sans compter sur cette force de la nature. Elle rebondit en se reprenant en main.

Lorsque que son frère était allaité à l’hôpital, Soledad prend le temps de regarder ses tatouages incrustés dans sa peau. « Dans la famille, on n’a jamais compris pourquoi mon frère c’était fait tatouer ». Pour les sud-américains, le  tatouage, le « chicanos », sert à écrire sa vie ou son appartenance à un clan. Il avait un tatouage, représentant des cœurs … les femmes de sa vie, ses sœurs. Soledad s’est faite tatouer la représentation d’un cœur avec des ailes représentant la montée au ciel avec l’initial « V », le prénom de son frère. Un symbole fort à consonance spirituelle.

Soledad veut garder la mémoire de son frère, alors « le tatouage pourquoi pas ?». Lorsqu’elle réalise que la perte de son frère la détruit tout doucement, elle décide de devenir tatoueuse. Elle suit une formation de salubrité et d’hygiène à Paris fin novembre 2015. Le geste du tatouage, elle l’a appris plus jeune sur le terrain, dans les quartiers latins à Paris.

« En dessinant, en tatouant, je ne pense à rien. Quand je tatoue, je suis avec lui. Si je n’avais pas eu le tatouage, je serai peut-être en dépression.  Personne ne peut comprendre à quel point ça fait mal tant qu’il ne l’a pas vécu ». Un besoin vital qui lui a redonné goût à la vie.

Un tatouage pour la vie

Un acte loin d’être anodin. Soledad ne fait que deux tatouages par jour. Sa prestation de base comprend le croquis, le tatouage et le soin. Mais elle prend aussi le temps de parler avec les personnes. « Le tatouage c’est la vie des gens ». Elle sonde la personne qui souhaite se faire tatouer pour comprendre son parcours et le choix d’un motif.  Elle entend leurs confidences.

Le tatouage répare psychologiquement et physiquement. La perte d’un proche, camouflage physique ou encore caractérise une personne.

Après avoir écouté attentivement le futur tatoué, Soledad réalise un patron avec le modèle initial puis un deuxième en l’adaptant en fonction de ce qui ressort des différents échanges. Et souvent, la personne choisi le croquis modifié.

« C’est leur histoire et moi je veux juste les aider à passer une étape ». Soledad n’oublie pas de préciser aux personnes qu’il faut prendre le temps de la réflexion. « J’ai une part de responsabilité à leur dire que le tatouage est à vie ».

Un tracé significatif

« Ça me fait du bien de leur faire du bien ». Beaucoup de souffrance commune à travers les histoires. Les gens se sentent bien dans son salon et un lien fort se crée. On vient chez Soledad comme chez un thérapeute. Une tatoueuse pour lequel le relationnel est primordial, pour cela elle prend le temps qu’il faut pour mettre à l’aise, surtout lorsque la personne vient pour son premier tatouage, il y a de l’appréhension. Et lorsqu’elle  tatoue, Soledad explique les différentes étapes du tatouage.

Une tatoueuse dans l’aire du temps mais qui prend le temps d’écouter et de personnaliser chaque tatouage.

 Un salon de tatouage « cliniquement » stérile

DSC_0067Tout son équipement professionnel est stérilisé et à usage unique. Le client passe de la salle d’attente à la pièce dédiée au tatouage, après avoir mis des protections plastifiées aux pieds. De son côté, Soledad protège,  à chaque intervention, les câbles et les supports, met une charlotte sur ses cheveux, un tablier plastique et des gants noirs (après avoir lavé ses mains et avant-bras). Sans oublier la protection du mobilier sur lequel la personne s’installera pour être tatouée. Toutes les encres sont consignées dans un livre de suivi avec la date de leur ouverture. Des protections obligatoires, des réflexes qu’elle a pris dès le début de son activité. Des protocoles spécifiques et réglementés visibles à la clientèle qui rassurent.

« Des petites habitudes qu’il faut avoir et si tu les prends tout de suite ça semble normal de les prendre » précise-t-elle. « Si une personne veut être tatoueur, je lui conseille de faire en premier la formation sanitaire ».

La France, terre d’asile

« Je ne comprenais pas pourquoi les gens étaient en dépression. Je n’avais jamais connu ça jusqu’à ce que je perde mon frère. Je ne m’en rendais pas compte. J’envoyai des messages à mon frère même si je savais qu’il ne me répondrait pas. »

La dépression, une chose improbable pour cette femme qui a lutté pour vivre dans sa jeunesse. « Je suis arrivée en France à l’âge de 3 ans. J’étais réfugiée politique en provenance de Lima, au Pérou. La seule chose que j’ai amené avec moi, c’est mes crayons de couleur ». Le dessin a toujours été présent.

 « On a été très pauvre. On mangeait grâce aux Restos du cœur et parfois uniquement du pain avec de la moutarde.  Et je m’habillais grâce à l’Armée du Salut.  On est venu ensemble en France, on a lutté et avancé socialement ». Elle le crie haut et fort, c’est une chance pour elle d’être venue en France. « J’ai tout fait pour mériter la nationalité Française. Quand je fais quelque chose pour ma commune, jamais je ne demande un sous, pour moi  c’est rendre à la France ce qu’elle m’a donné ». Soledad se sent toujours redevable auprès du pays qui l’a accueilli avec sa famille.

Ses racines sud-américaines lui donnent cette volonté, cette envie de vivre et de donner. Une force de la nature qui comprend les gens et les aime. Une battante, qui grave votre peau l’histoire d’une vie.

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